Faisons connaissance avec notre nouvelle Ambassadeur Madame Sophie Aubert

Vivre en Angola - 8 novembre 2023

VEA a eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises notre nouvelle Ambassadeur de France en Angola, Madame Sophie Aubert. Nous avons pu lui poser quelques questions afin de mieux la connaître. Nous la remercions d'avoir pris le temps d'y répondre.

 

Quelle est votre situation familiale? 

"Je suis mariée et j’ai deux filles, de 19 et 23 ans, qui étudient en France".

 

Pouvez-vous nous parler de votre formation : comment devient-on ambassadeur?

"Après un baccalauréat scientifique, j’ai suivi une école sur les métiers de la communication avant de continuer à Sciences Po Lyon, où j’ai étudié l’arabe en parallèle, à la faculté des lettres. J’ai ensuite rejoint l’Institut français des études arabes de Damas. Je suis revenue en France pour travailler dans un bureau d’études géopolitiques, tout en continuant mes études à l’INALCO, toujours sur le monde arabe. J’ai commencé un doctorat sur la Palestine, tout en passant le concours d’Orient du ministère des affaires étrangères. L’ayant réussi, j’ai décidé d’intégrer le corps diplomatique."

 

Vous projetiez-vous un jour ambassadeur?

"Dès après le baccalauréat, je m’étais fixé l’objectif de passer le concours d’Orient du ministère des affaires étrangères. J’ai un peu tardé, car mes études me passionnaient et je voulais être certaine d’avoir acquis toutes les connaissances requises, y compris en arabe, pour ce concours qui est très sélectif. Lorsque j’ai intégré le corps diplomatique, ce n’était pas en pensant devenir ambassadeur, mais en voulant servir mon pays et défendre ses intérêts sur la scène internationale. Après, l’expérience professionnelle acquise au fil des postes, l’acceptation de missions difficiles font qu’un jour, notre hiérarchie nous propose un poste d’ambassadeur. J’avais commencé à y penser, mais je ne m’y attendais pas, lorsque le poste d’ambassadeur de France au Bangladesh m’a été proposé."

 

Depuis combien de temps êtes-vous dans ce milieu diplomatique?

"J’ai intégré le ministère des affaires étrangères en mars 1995, donc cela fait bientôt trente ans."

 

Pouvez-vous nous relater votre parcours professionnel ?

"J’ai travaillé à la fois en administration centrale et à l’étranger, en ambassade. En administration centrale, au Quai d’Orsay, mon premier poste était celui de rédactrice sur l’Afrique de l’est. J’ai également travaillé pendant quatre années à la direction des affaires financières, où j’ai participé activement à la mise en œuvre de la réforme financière (la LOLF). J’ai plus tard travaillé au centre de crise, l’actuel centre de crise et de soutien (CDCS), pour y introduire la thématique de la stabilisation des crises – d’où le S de CDCS. A l’étranger, j’ai travaillé sur plusieurs continents : au Moyen-Orient (Syrie), en Afrique subsaharienne (Guinée-Conakry) et du nord (Algérie), en Asie du sud (Bangladesh), en Amérique latine (Pérou, Brésil, Paraguay). Mes postes au Bangladesh et au Paraguay étaient des postes d’ambassadeur. En Algérie, ma dernière affectation avant l’Angola, j’étais détachée à l’Agence française de développement (AFD) et je dirigeais le bureau de l’AFD en Algérie. Mon parcours est celui d’une expérience très variée, souvent dans des pays devant relever de nombreux défis, et une expérience très enrichissante, qui m’a permis de progressivement renforcer mes compétences tant dans le champ de la diplomatie que dans celui du management. Mon expérience à l’AFD a été utile pour comprendre de l’intérieur le fonctionnement de notre agence et mieux appréhender les problématiques de développement."

 

Quelles étaient vos motivations pour être affectée en Angola?

"L’Angola est un grand pays, une puissance régionale que notre dispositif en Angola appréhende dans son ensemble, grâce à la présence de la plupart des services majeurs dont nous pouvons disposer à l’étranger, et de plusieurs opérateurs : l’Agence pour l’enseignement du Français à l’étranger, l’AFD, Expertise France, Business France, les Alliances françaises, l’Institut de recherche et de développement, ainsi que des acteurs spécifiques, par exemple le réseau Eiffel, grâce à l’appui de Total Energies et de Sonangol. L’Angola est donc un pays dans lequel nous avons les moyens de travailler. C’est aussi un pays qui n’est pas très connu vu de France, un pays lusophone, mais très connecté à l’aire francophone africaine, et notre ambition ici est d’établir une relation d’équilibre et de confiance avec ce grand partenaire, dans tous les domaines. Ce sont tous ces éléments qui m’ont conduite à manifester mon intérêt pour l’Angola auprès de mon administration, fin 2022. Je suis très honorée que le Président de la République m’ait accordé sa confiance."

 

Parlez-vous le portugais ? D'autres langues?

"Je parle portugais, je l’ai appris au Brésil, où j’étais en fonction à Sao Paulo en 2002-2005. Je parle également anglais, arabe, espagnol, et j’ai des notions d’autres langues, que j’ai un peu perdues faute de pratique, comme l’allemand, ou-bien auxquelles je me suis intéressée en raison de mes affectations, comme le bangla."

 

Quelle vision aviez-vous de l'Angola avant de venir?

"Je n’avais qu’une connaissance théorique de l’Angola avant de venir. J’avais la perception d’un grand pays, avec une belle capitale, un patrimoine historique important y compris portugais ; un pays au patrimoine naturel très riche, que l’on a envie de découvrir ; et un très fort potentiel économique, ressources hydrocarbures, eau, minerais, potentiel agricole… J’avais en revanche peu de visibilité sur son patrimoine culturel. J’avais aussi le sentiment qu’il y avait une sorte de spécificité angolaise, mais sans pouvoir vraiment la cerner, avant mon arrivée."

 

Quelles sont vos premières impressions? positives? Négatives?

"Tout d’abord, je ne suis pas encore vraiment sortie de Luanda, car j’attends de présenter mes lettres de créance au Président de la République angolaise, avant de me déplacer. En arrivant, j’ai été positivement impressionnée par la capitale, son organisation, son patrimoine architectural, sa dimension. J’ai commencé à visiter, j’ai encore beaucoup à découvrir. J’ai également apprécié l’excellent accueil que tout le monde m’a réservé, que ce soit l’ambassade, mes compatriotes, mes interlocuteurs angolais. C’est pour moi très important. J’ai découvert de très bons restaurants et de belles institutions hôtelières (c’est important quand on a des visiteurs venus de France). Si j’ai un regret, c’est que l’on me dit que l’on ne peut pas marcher, dans la capitale. J’aimerais pouvoir marcher et donc j’espère que c’est possible. Nous verrons."

 

A quel moment lors d'une prise de poste, présente-t-on sa lettre d'accréditation?

"C’est très variable, cela dépend du pays. Ici, j’ai eu l’honneur, immédiatement après mon arrivée, d’être reçue par le Ministre des relations extérieures, M. Téte Antonio, auquel j’ai remis les copies figurées de mes lettres de créance. Je mesure toute l’importance d’avoir été reçue si vite par le Ministre Téte Antonio. La remise des copies figurées de mes lettres de créance m’a permis, après avoir reçu en juin l’agrément des autorités angolaises qui manifestaient ainsi leur accord sur mon positionnement comme ambassadeur, de pouvoir commencer à « exister » en Angola. Mais pour exister pleinement, je dois présenter mes lettres de créance, c’est-à-dire la lettre du Président de la République française qui m’introduit auprès du Président Lourenço. La date est fixée au 13 novembre. Dès lors, je serai en mesure de rencontrer toutes les autorités angolaises, pour avoir des discussions de fond sur l’ensemble des dimensions de notre relation bilatérale notamment et, plus globalement, de rencontrer les Angolais. Le protocole veut que l’on se présente d’abord au chef de l’Etat, avant de pouvoir exercer pleinement ses fonctions. Mais cette tradition peut avoir des variantes, selon les pays. En France, la présentation des copies figurées permet de travailler, avec quelques restrictions minimes (ne pas rencontrer le Premier ministre, le président du Sénat et celui de l’Assemblée nationale il me semble)."

 

Quelles sont, à votre avis, les perspectives pour ce pays?

"L’Angola est une puissance régionale majeure et, côté français, nous apprécions à sa juste valeur l’ambition continentale de l’Angola. Il ne revient pas à la France de définir les perspectives et le futur de l’Angola : c’est l’Angola qui définit ses perspectives et son futur. Mais nous sommes engagés aux côtés de ce pays parce que l’Angola, je crois, nous considère comme un partenaire, et parce que nous sommes convaincus de l’importance de ce pays. Nous sommes donc engagés ici sur les thématiques que nous avons en commun, pour construire l’avenir ensemble, dès lors que l’Angola partage cette volonté. Et il nous semble que c’est le cas. On peut donc parler de stabilité régionale, de gouvernance financière, de développement du capital humain, de diversification économique, de développement de l’agriculture, de construction d’infrastructures stratégiques, en particulier dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des transports… Je ne reviens pas sur notre présence publique, mais j’insisterai sur le rôle de nos entreprises, qu’il s’agisse de Total Energies, Suez, AGL, Castel, Bureau Véritas et bien d’autres. Nos entreprises et les entreprises de droit angolais portées par des Français sont des piliers essentiels de notre présence française en Angola. Beaucoup sont membres du Club des entreprises France-Angola, qui anime cette communauté d’affaires. Le Président de la République est venu en Angola en mars dernier, il a donné une forte impulsion à la relation bilatérale et a mis l’accent sur la coopération dans le domaine agricole. Tous nos services sont mobilisés pour soutenir cette dynamique. Si nous sommes collectivement engagés à ce niveau en Angola, c’est parce que nous croyons dans le futur de l’Angola. Nous savons que les défis sont nombreux – la population a doublé depuis 2002 et doublera d’ici à 2050. Le pays doit être en mesure de soutenir cette dynamique démographique, la santé et l’éducation sont des secteurs clé. En résumé, nous sommes en Angola parce que l’Angola a bien voulu s’engager sur une relation consistante avec la France. Nous sommes des partenaires de l’Angola, et nous traitons de pairs à pairs, chacun devant trouver son intérêt dans une relation d’équilibre et de confiance."

 

Vous êtes la première femme Ambassadeur en poste en Angola, vous êtes-vous fixés des objectifs, une mission spécifique à accomplir?

"Les ambassadeurs, quand ils prennent leurs fonctions, définissent avec leurs équipes un plan d’action qui s’inscrit dans la stratégie de la France à l’international. Nous sommes en train de finaliser ce travail, avec l’ensemble de notre dispositif. S’agissant plus spécifiquement du fait que je sois une femme, et la première femme ici en tant qu’ambassadeur, à vrai dire, professionnellement, je me pense d’abord comme ambassadeur, je suis une cheffe d’équipe avec des objectifs pour servir mon pays et notre relation bilatérale. Ensuite, bien-sûr je suis une femme, j’ai le souci d’introduire de l’égalité hommes-femmes dans nos actions, j’ai envie de valoriser le rôle des femmes dans la société, de mieux prendre en compte dans nos actions les contraintes qui pèsent sur les femmes et comment nous pouvons les aider à les surmonter. Dans notre ambassade, nous sommes cette année plusieurs « nouvelles arrivantes » cheffes de service femmes : Valérie Tehio, directrice de l’AFD, Alexandra Agostino, cheffe du service de gestion. Nous avons d’autres femmes à des postes de responsabilité, qui sont françaises, angolaises. Il est essentiel que des femmes aient accès à des postes de responsabilité dans nos institutions. J’espère juste que bientôt la question ne sera plus posée. Dans mon quotidien, je pense comme ambassadeur et pas tant en tant que femme. Du moins je ne me pose pas la question."

 

Auriez-vous une petite anecdote à nous raconter depuis que vous êtes arrivée en Angola?

"Ce n’est pas tant une anecdote, mais je voudrais redire combien je me suis sentie à l’aise à mon arrivée, grâce à l’accueil chaleureux qui m’a partout été réservé. Travailler avec des collègues motivés, rencontrer des compatriotes et des Angolais qui vous renvoient l’envie de développer des choses ensemble, c’est très positif. C’est professionnellement et humainement le cadre de travail idéal."

 

Avez-vous des expressions, phrases ou mots préférés en portugais que vous avez pu entendre depuis votre arrivée? 

"Je suis trop récente ici pour connaître des expressions spécifiques à l’Angola, en portugais. La langue portugaise a beaucoup de formules de politesse que nous avons beaucoup simplifiées dans notre expression française. J’essaie donc de préserver dans mon expression ces belles formules que j’apprécie beaucoup, elles sont une expression du raffinement de la belle langue portugaise."

 

Nous avons eu l'honneur d'être invitées à votre résidence pour vous rencontrer en septembre. Comment aviez-vous entendu parler de nous? Vous suivez-nous sur le site, les réseaux sociaux?

"En effet, mon mari et moi nous avions fait quelques recherches internet avant de venir, notamment pour avoir une idée des associations, françaises, angolaises ou étrangères, nous permettant de savoir comment on vivait en Angola. Nous voulions en particulier savoir si nous pourrions facilement visiter le pays, et dans quelles conditions. C’est très vite VEA qui est apparue dans nos recherches internet. Depuis lors, je suis très heureuse d’avoir fait votre connaissance, j’espère que nous pourrons prendre des initiatives en commun. Le travail de VEA en Angola mérite notre soutien en tant qu’ambassade et j’espère que nous pourrons développer cette perspective."

 

Sur notre site, nous avons une rubrique tourisme en Angola. Quelle(s) région(s) d'Angola souhaiteriez-vous visiter en priorité?

"Je souhaite pouvoir visiter toutes les régions d’Angola. Je ne connais pas encore l’Angola donc je ne peux pas avoir de préférence. Tous mes interlocuteurs me disent que nous pouvons facilement nous déplacer en Angola et que c’est un pays sûr. J’espère vraiment que nous aurons l’occasion de visiter toutes les régions du pays, c’est le meilleur moyen de connaître sa richesse et sa diversité."

 

Nous avons appris que les bureaux de l'ambassade allaient déménager. Pouvez-vous nous en dire plus ou nous donner des indices sur le lieu choisi?

"Déménager est notre objectif collectif et toute l’équipe est mobilisée. Nous avons identifié quelques possibilités, aux environs de l’actuelle ambassade. Nous avons beaucoup de contraintes à intégrer, mais il nous semble qu’au moins une des solutions identifiées conviendrait. Nous devons présenter une ou deux propositions à un comité interministériel, la « CIME », après avoir réalisé une étude de faisabilité qui confirmera que les options retenues répondent à nos nombreuses contraintes de logistique et de sécurité. Nous visons une présentation en CIME au tournant de l’année 2023 vers 2024, en décembre 2023 ou janvier 2024, donc. Nous sommes conscients que nous ne sommes pas seuls décideurs sur ce sujet, mais notre objectif est de déménager l’an prochain. Nous savons que nous aurons un temps important pour la préparation de notre site futur. Si toutes les planètes sont alignées, nous devrions pouvoir déménager sur le second semestre 2024. C’est un objectif interne mais c’est aussi un objectif que nous devons à la communauté française."

 

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