Rencontre avec Mme Itté, l’épouse de l’ambassadeur de France

Rencontre avec Mme Cristina Itté

Nous avons eu la chance de rencontrer Mme Cristina Itté, l'épouse de l'ambassadeur de France récemment arrivée en Angola. Nous avons voulu en savoir plus sur son parcours, ses premières impressions sur le sol angolais et c'est naturellement qu'elle nous a ouvert les portes de la résidence de France.

Bonjour Mme Itté, qui êtes-vous ?

C’est une question profonde ! (rire)

Je suis d’origine brésilienne. Je suis la 4ème d’une grande famille de 5 frères et d’une sœur.

Avant cette vie de diplomate, j’étais à la tête d’une petite entreprise d’événements culturels, de production et de capitalisation de financements au profit de projets liés à la culture. J’ai une réelle passion pour l’art et la culture et j’ai ainsi voulu en faire mon métier. Cette aventure a démarré au Brésil. Mon métier m’a souvent amenée à travailler avec  des organismes gouvernementaux, dont les ambassades, pour faire la promotion d’événements culturels ou pour solliciter leur aide à la mise en place de projets liés à l’art.

C’est dans ce cadre que j’ai rencontré mon époux et j’ai basculé dans une vie sur plusieurs continents (rire).

Aujourd’hui je suis mère de 3 enfants et mon quotidien est rythmé par mes enfants, ma famille et le soutien que j’apporte à des œuvres caritatives. J'accompagne aussi au quotidien l'action de mon mari, notamment dans l'organisation des nombreux événements qui se déroulent à la résidence.

Pouvez-vous nous raconter votre rencontre ?

A l’époque, Sylvain était Consul général adjoint à Sao Paolo. Comme je faisais la promotion d’événements culturels, j’étais amenée à me rendre à plusieurs reprises au consulat de France pour leur proposer mon aide.

En 1996, il y a eu une grande foire qui réunissait pas loin de 300 entreprises françaises « France 2000 ». Dans ce cadre, plusieurs grands événements culturels étaient organisés.  J’ai alors commencé un réel travail de communication et de promotion auprès de ces entreprises pour le compte du consulat. C’est ainsi que j’ai rencontré mon époux 4 mois seulement avant son départ définitif du Brésil.

Cette rencontre fut un vrai coup de foudre et malgré son départ imminent, nous avons continué à nous revoir. Cela a duré en tout 2 ans avant que nous décidions de nous poser enfin ensemble.

Vous êtes passée de votre vie d’entrepreneure à celle d’une diplomate ? Étiez-vous déstabilisée par cette nouvelle vie ?

C’est vrai que c’était beaucoup de changement car j’ai passé 35 ans de ma vie au Brésil et quand j’ai rencontré mon époux, j’ai embrassé une nouvelle vie rythmée par les voyages.

C’est sûr que travailler dans les services culturels, m’a permis de tisser des liens avec les ambassades donc je connaissais le monde diplomatique bien avant d’en faire partie. En même temps, c’était une évolution de vie !

Pour être l’épouse d’un diplomate français, il convient de bien connaître la culture, mais aussi la gastronomie française. A l’époque j’étais végétarienne et j’ai ainsi dû évoluer aussi dans mes habitudes culinaires (rire).

C’était une réelle découverte et ma belle-mère a joué un grand rôle dans cet apprentissage. J’ai aussi pu compter sur l’aide des autres épouses de diplomates.

J’ai ainsi vite appris l’art de vivre à la française notamment par la cuisine traditionnelle française mais aussi l’art de sublimer son intérieur...

Chaque occasion m’est donnée pour poursuivre mon apprentissage et j’y prends beaucoup de plaisir.

Quelles ont été vos différentes affectations ? 

Sylvain a eu un poste de Consul général à Madrid.

C’était ma première affectation et surtout je quittais mon travail pour ancrer mes premiers pas dans ma nouvelle vie. Nous arrivions avec notre premier fils Jean-Michel qui avait 2 ans, ensuite a suivi Ana Carolina et quand j’ai quitté Madrid, j’étais enceinte d’Alexandre qui est né au Cameroun.

A Madrid, je me consacrais essentiellement à mes enfants, ma famille. Je fais partie de ces femmes qui ont rencontré la maternité très tard. C’est une question de génération de femmes qui travaillaient beaucoup et j’avais mis ma vie personnelle un peu de côté. Ces naissances ont été pour nous vraiment un cadeau de l’univers.

Après Madrid, a suivi le Cameroun.

Notre dernier fils, Alexandre est né là-bas. J’avais fait le choix d’avoir mon fils à Yaoundé comme ma belle-mère avait décidé au moment de la naissance de mon mari, d'accoucher à Bamako. Nous avons donc une relation avec l’Afrique très forte elle fait partie de nous.

Après le Cameroun, nous sommes rentrés en France. Sylvain a été nommé directeur général de l'Agence France Coopération Internationale pendant 3 ans.

Il voyageait beaucoup et c’était une époque où j’ai appris à jongler entre mes 3 enfants et le quotidien à organiser. Une période encore très riche où j’avais fait le choix de m’occuper de mes enfants. Quand on rentre en France, on retrouve une autre réalité et on apprend à s'adapter.

Ensuite quand Alexandre a été en âge de rentrer à la maternelle, j’ai décidé qu’il était temps pour moi de découvrir Paris. Je suis allée à la rencontre du Paris médiéval et je suis tombée amoureuse du musée Cluny. Je passais beaucoup de temps à Cluny pour voir les expositions, la musique et cela me donnait de l'inspiration pour organiser des concerts, des événements autour de cet univers au Brésil.

Ce fut une époque très intense car j’apprenais beaucoup sur l’histoire de France, l’archéologie, les expositions au Louvre. Cela me donnait une autre ouverture d’esprit et beaucoup d’inspiration pour la suite.

Nous sommes retournés en 2009 au Brésil où Sylvain prenait le poste de Consul général à Sao Paolo.

Nous recevions beaucoup et en même temps c’était étonnant d’être dans mon pays d'origine et de profiter de mes amis et de ma famille.

Nous vivions dans une grande dépendance qui nous permettait de bien recevoir. Nous avions en permanence du monde autour de nous. Nous avons ainsi reçu plus de 5000 personnes en 3 ans.

Je mettais aussi à profit ce retour au Brésil pour travailler sur des événements culturels mettant la France en avant.

En 2012, mon époux été nommé directeur de cabinet de la ministre chargée des Français de l'étranger.  Il est donc parti en juillet et je ne l’ai rejoint quand décembre de la même année. En septembre 2013, mon mari a été nommé ambassadeur de France en Uruguay.

Rencontre avec Mme Cristina Itté

En Uruguay, j’étais la présidente de l’association des épouses de diplomates. Nous avions de nombreux projets caritatifs au profit des plus démunis.

Je me rappelle encore de ce dîner qui associait l'art culinaire et la culture de tous les pays représentés à Montevideo. C’était quelque chose d’extraordinaire ! Les traditions de plusieurs pays y étaient présentées, telle que la cérémonie du thé orchestrée pour Mme l’ambassadeur du Japon, des comptines enfantines traditionnelles françaises ou bien encore des danses folkloriques d’Uruguay, des musiques mexicaines et brésiliennes et des danses cosaques russes.

C’est un concept que j’aimerais beaucoup réitérer en Angola.

Les causes caritatives vous sont chères. Souhaitez-vous nous en parler ?

C’est une cause qui me tient à cœur. Chacun de nous doit pouvoir apporter son aide, son soutien aux plus démunis.

Quand il y a eu le tremblement de terre en Haïti, nous étions encore à Sao Paolo. J’ai eu l’idée d’organiser un concert de musique médiévale suivi d’un dîner également médiéval afin de récolter des fonds pour leur venir en aide.

Le concert suivi du dîner s'est déroulé au monastère Sao Bento de Sao Paulo. Nous avons récolté 50000€. C’était un miracle ! Ces fonds ont permis à l’agence de la coopération brésilienne et à l’agence du développement français d’installer un réseau d’eau dans un quartier de Port-au-Prince.

L'idée de réitérer cette belle expérience était encore dans ma tête. J’ai pu continuer cette belle aventure pour des associations de lutte contre le cancer infantil avec l’aide de Laura Curto une uruguayenne formidable.

Cette fois-ci l’idée était d'organiser un concert dans 3 villes différentes d'Amérique du Sud: Sao Paolo, Montevideo et Buenos Aires.

Nous avons donc pour la première fois en Amérique du Sud organisé un festival de musique médiévale qui associait le groupe EIA, un duo italien et un duo allemand.

L’idée était aussi de promouvoir l’amitié des peuples à travers l’art et la culture en associant l'Europe aux pays du MERCOSUL. Cette opération fut un grand succès et a permis à de nombreuses personnes de découvrir la musique médiévale européenne généralement peu connue.

Aujourd’hui, vous êtes en Angola, quelles ont été vos premières impressions ?

Ici en Angola, je retrouve l’histoire du Portugal, la culture portugaise mais aussi l’origine de la culture du Brésil.

Je trouve de grandes similitudes entre mon pays d'origine et l’Angola. Ne serait-ce que par la gentillesse, le sourire du peuple angolais qui ont certainement inspiré ce que l'on reconnait souvent au peuple brésilien : sa joie de vivre et la sympathie qu'il dégage.

Vous êtes la première femme, épouse d’un ambassadeur de France en Angola depuis longtemps. Avez-vous l’impression d‘avoir une mission à accomplir ?

Rencontre avec Mme Cristina Itté

La première épouse d’un ambassadeur de France depuis 15 ans !

Ma spiritualité fait qu'à chaque endroit où je passe, je souhaite apporter quelque chose de positif et solidaire au profit des plus démunis. Au Brésil je me rendais souvent dans des quartiers très pauvres de Sao Paolo pour apporter mon aide, mon soutien.

Au Cameroun, j’ai aussi été amenée à travailler avec des orphelinats. Je suis très proche des enfants, un sourire d’enfant est si beau. Il est le symbole de la vie.

Ici, j’aimerais organiser des événements dans le but de récolter des fonds pour soutenir des causes liées aux enfants.

Avez-vous l’impression qu’il est important que vous apportiez votre biculturalité dans les événements que vous allez organiser ?

Mon rôle est en premier lieu de promouvoir la culture française en Angola. Ceci dit le fait que je sois d'origine brésilienne dans un pays comme l'Angola, de tradition lusophone, me semble être un atout. J'espère pouvoir permettre la promotion de projets culturels qui associeront l'Angola, le Brésil et la France.

Une expression, un mot, une phrase en Français ?

« Je pense » parce qu'au Brésil, nous n’avons pas l'habitude d'utiliser une telle expression. Nous disons plutôt « je trouve ».

Cette expression est, selon moi, l'exemple de la structuration de la pensée française. Descartes n'est pas loin !

Une rencontre atypique ?

La rencontre avec une grande femme d’Angola. Ce fut une rencontre très intéressante. Elle m’a beaucoup impressionnée car le regard en tant qu’étranger que l’on pose est parfois mitigé sur la situation d’un pays. Je pensais donc rencontrer un peuple dur, fermé mais au contraire quelle belle énergie, une humeur bien brésilienne.

Je crois sincèrement que c’est un pays qui a besoin d’être mieux et plus connu.

Une anecdote ?

Quand nous étions au Brésil, je me rappelle ce dîner organisé pour la venue du Président de l'Assemblée Nationale. A cette occasion, j’avais préparé un poisson de rivière d’environ 1 mètre 10. Mes hôtes français furent très surpris par la taille d'un tel poisson de rivière et certains faillirent tomber dans la piscine au moment de la photo avec le poisson. Quel exploit et quel succès, d’autant plus que je n’avais pas les ustensiles ou les plats pour le cuisiner alors nous avons dû être inventifs !

Un conseil à notre communauté ?

Il y a des projets de coopération universitaire, scientifique et économique en cours. Mon époux serait le mieux placé pour vous en parler.

Nous avons beaucoup changé notre relation avec l’Angola. C’est donc important d’avoir l’appui, la force de notre communauté française pour construire une relation d’amitié avec ce pays.

Nous devons avancer ensemble sur ces projets. Nous avons besoin des français pour nous accompagner dans ces développements.

Mme Itté sera la marraine de notre prochain événement Vos Œuvres pour nos Œuvres au profit de l'association Mulemba qui se déroulera le 6 Avril 2017 à la galerie ELA dans la tour de Beers.

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