Interview de Laurent Assoulen : le concert parfumé

Compositeur et pianiste de jazz, expert parfum, Laurent Assoulen nous a ébloui lors de son concert parfumé organisé par l'Alliance Française à l'Epic Sana le mois dernier. VEA en a profité pour aller à la rencontre de l'artiste et découvrir son univers musical et olfactif.

Qui est Laurent Assoulen ?

J’ai travaillé plusieurs années dans la création de parfum et aujourd’hui je suis Pianiste/Compositeur. Actuellement, je finalise mon 5ème album qui sortira l’année prochaine, en trio (contrebasse, piano, batterie). Amoureux des sens dans leur globalité, je suis aussi amené à travailler sur des projets « sensoriels » avec différentes marques, mais aussi des projets spéciaux comme par exemple créer un « disque de famille » !

Un disque de famille ? Comment s'est monté ce projet ?

Comme une photo de famille, là c’est un disque avec un morceau spécifique composé pour chaque membre d’une famille suivant sa personnalité. J’avais discuté avec la mère de famille en notant les caractères de chacun suivant sa description. On est parti sur des approches très intimes, des défauts, ce qui ressortait de ces personnes. Il y avait vraiment une dimension psy très intéressante, ce qui rendait le travail de composition passionnant. Un projet et un cadeau très personnel…

Ma démarche pourrait s'inscrire dans le même sens que créer un parfum sur mesure. Tout passe par un processus de découverte de la personne, de ses voyages, de ce qu’elle a pu porter, de ce qu’elle aime, ce qu’elle n’aime pas, de ce qu’elle est...

Quel a été le déclic, le pont entre votre univers de parfumeur et la musique ?

En fait, être pianiste a toujours fait partie de ma vie. J'arrondissais mes fins de moi quand j'étais étudiant à la fac...Après mes années d’expérience dans la création de parfum, j’ai sorti mon premier album « Reasonnances » en piano solo ; Disque d’émoi « Jazz Magazine », MUST « TSF ».

Les journalistes se sont aussi tournés vers cette histoire un peu esthétique du « parfumeur qui a mis en musique ses parfums... »

Cette vision assez « poétique » et fausse d’ailleurs, m'avait un peu agacé (rire). Néanmoins, j’ai voulu me pencher plus sérieusement sur la question du lien entre l’ouïe et l’olfaction. J’ai réfléchi sur la notion de vibration corporelle que pouvait provoquer les sons des instruments et l’intensité des matières premières odorantes. Il y a eu comme un déclic, un processus totalement logique et évident pour moi. Tellement évident que je voulais en savoir plus en me rapprochant des ORL, des neuroscientifiques qui pouvaient m’expliquer ce qui se passait réellement à l’intérieur du corps humain, du cerveau, du pourquoi je ressentais cela et pourquoi cela me paraissait évident.

De cette perception, j’ai concrétisé « le concert parfumé ».

Dans les concerts parfumés, j'aime amener le public à vivre les choses de manière authentique et que l’olfaction puisse résonner avec les accords du piano solo.

C’est aussi une recherche personnelle pour savoir ce que les gens ressentent vraiment, sans les envelopper dans un « concept sensoriel « (avec des images, des lumières coordonnées, etc...). Même les titres des morceaux « parfumés » ne portent pas de noms afin de ne pas orienter la perception.

J’aime cette part de risque. Les retours positifs et les gens qui me disent qu’ils n’ont pas compris ? Tout est enrichissant !

Aujourd'hui, des deux passions, le parfum, la musique, qu'est-ce qui ressort ?

concert-parfumeLa musique ! (rire) Aujourd’hui, je suis pianiste de jazz/compositeur.

Quand on est musicien, pleins de projets sont ouverts à nous. Par exemple, lors des tournées, des rencontres avec des musiciens locaux peuvent être organisées pour des concerts inédits ! En tant que compositeur, travailler sur un projet d’un « disque de famille », composer la musique de la hotline de Free, créer des morceaux pour mes albums et les jouer en concert, c’est super !

Le parfum ? Toujours en moi… A Luanda, j’ai donné une conférence au lycée français sur les secrets de la création du parfum à des jeunes qui avaient des profils très différents et qui, par leurs voyages, leur pays d'origine avaient tous des souvenirs olfactifs très fort. Cela a crée quelque chose de très enrichissant.

Je leur ai expliqué la fabrication d'un parfum, comment s’ouvrir au sens, comment sentir les choses, l’extraction des matières premières... Tout cela en interaction avec eux, très belle rencontre !

Avoir des projets créatifs et récréatifs, c’est important pour moi mais je ne veux pas aller tout azimut, les choses se font tout naturellement à travers les rencontres.

Quel est le processus de création de vos morceaux ? D'abord un parfum qui conduit ensuite à la composition musicale ou l'inverse ?

Pour les morceaux du concert parfumé, je suis vraiment parti sur le principe de vibration, d’intensité, d’interconnexion entre les matières premières.

Le prochain album en trio, lui, aura des morceaux avec des titres, par exemple « It’s time to wake up slowly ». C’est vraiment la sensation que j’ai eu de ne pas vouloir aller travailler et rester dans mon lit, de sentir que cela bouge autour de moi. Que la douche fonctionne, qu’on entend les voisins, la rue qui se réveille…je n’ai pas envie de me lever et pourtant il faut le faire. Il est l’heure de se lever mais doucement. En fait, il y a vraiment cette volonté d’énergie dans le morceau. C’est très lent, tout en douceur…Tout est à chaque fois une recherche de cohérence, d’équilibre.

Quand il y a des reprises, c’est plus pour créer une logique dans les albums. Dans le prochain, il y aura "colchique dans les prés" en version très jazz, très rythmé.

Bien sûr, il y a toujours une recherche harmonique, d’équilibre, et de cohérence avec le titre.

Qui compose les parfums des concerts ? Participez-vous à leur composition ?

Dans les sociétés de création de parfum, les parfums sont créés suivant un processus de création. C’est-à-dire qu’il y a un parfumeur, un chef de projet, des évaluateurs et bien d'autres corps de métiers. La finalité c’est le client, la marque et c’est la marque qui dicte ses choix, ses orientations tout en restant à l’écoute. La société de création s’adapte…

Dans mon projet, j’ai cumulé toutes les casquettes. J’ai pensé les odeurs, avec les matières premières que je voulais avec une orientation olfactive bien précise et la façon dont je voulais qu'elles évoluent. J’ai envoyé la musique, la liste des matières premières et le brief aux parfumeurs de la société IFF (International Flavours & Fragrances), partenaire créatif du projet. Les parfumeurs de Paris, New-York et Sao Paulo sont respectivement Anne Flipo, Carlos Benaïm et Napoleão Bastos.

Nous avons travaillé dans cette recherche d'échange, de compréhension, de feedback de chacun. Il y a eu plusieurs allers/ retours avant de créer les parfums que je souhaitais. En effet, les parfums et les musiques ont été pensés et créés en même temps.

Ces parfums sont-ils commercialisés ?

Non, même si on me l'a souvent demandé à la fin des concerts. La seule façon de les avoir chez soi, c’est d’avoir le disque parfumé :

Une anecdote ?

J’ai donné une master class le lendemain de mon concert. Je suis arrivé sans connaitre le niveau de chaque « étudiant » (on m’a dit qu’il y avait des pianistes confirmés, professionnels) et je me suis dit « mais s’ils jouent mieux que moi, il faudra bien que je trouve quelque chose à leur apprendre… !! »

Encore une fois, l’expérience a été très enrichissante pour tous.

Vos concerts, vos impressions à Luanda ?

2 concerts, une master class, une conférence…  un large spectre qui m’a fait ressentir beaucoup de choses ici. Notamment, cette forte notion de contraste ici !

Une devise ?

Le kwanza !  (rire)

Plus sérieusement, utiliser nos sens pour mieux ressentir la vie. Etre en alerte de ce qui se passe autour de nous comme ressentir le vent qui caresse votre peau, être en pleine conscience des éléments de la nature qui font partie de notre vie d‘humain. 

Quel est votre parfum ?

J’en ai plein. Il y a eu des parfums fixes et puis j’en ai découvert et j’ai admiré la signature de beaucoup d’autres…

Je m’autorise à changer mon parfum en fonction de mon humeur, de ce que je souhaite partager… 

Vos projets pour la suite ?

Sortie du nouvel album,  poursuivre le concert parfumé à travers différents pays.

J’espère une tournée en Chine, en Inde et ailleurs pour continuer à voir ce que les gens ressentent…

Avez-vous quelque chose à rajouter ?

Un café et l’addition ! (rire)

Si vous souhaitez en savoir plus, visitez son site internet www.laurentassoulen.com

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