Economie: bilan de la visite du président angolais Joao Lourenço à Paris du 27 au 30 mai 2018

Michel Abdelhouab, professeur d'économie au lycée français de Luanda depuis 18 mois nous éclaire sur les accords économiques conclus entre la France et l'Angola lors de la visite du président Angolais Joao Lourenço en France du 27 au 30 mai 2018.

 

En accédant à la présidence de l’Angola, en septembre 2017, Joao Lourenço s’est retrouvé à la tête d’un pays qu’il avait promis, durant sa campagne, de sortir du marasme économique dans lequel il se trouvait. Huit mois après son élection, le nouveau chef de l’Etat est venu en France, du 27 au 30 mai, pour tenter de convaincre les investisseurs que son pays peut redevenir une destination attractive grâce aux premières réformes entreprises.

Total est l’investisseur français le plus important en Angola. A ce titre, il peut effectivement se faire l’écho de l’état d’esprit que les nouveaux dirigeants promettent d’insuffler à la tête du deuxième producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne. Pour Luanda, le pétrolier français n’est pas un investisseur étranger comme les autres. Total assure 35 % d’une production pétrolière nationale qui représente 95 % des entrées en devises du pays et 70 % de ses recettes fiscales. La filiale Total Angola est par ailleurs la première du groupe pétrolier français.

La coopération franco angolaise passe donc par un développement des coopérations pétrolières notamment entre Total et Sonangol. C ‘est a ce titre que lundi 28 mai, Total et la Société nationale des pétroles d’Angola (Sonangol) ont signé une série d’accords devant un parterre de 150 chefs d’entreprises français réunis par le Medef au Cercle de l’Union interalliée. Cela inclut un investissement de 1,2 milliard de dollars pour un projet d’exploitation en eau profonde. Total et la Sonangol se sont également engagés à créer une entreprise conjointe pour le développement d’un réseau de stations-service. L’apparition de stations-service Total signifiera, à son heure, non seulement l’ouverture à la concurrence dans ce secteur, mais aussi le signe de la dénationalisation de l’économie angolaise. Le gouvernement prépare la privatisation de plus de 70 sociétés publiques, notamment des opérateurs industriels, dans les années à venir. Une loi sur la concurrence vient d’être adoptée. C’est la fin annoncée de l’économie de rente.

Patrick Pouyanné, PDG de Total, a d’ailleurs salué « les efforts importants des autorités angolaises pour convaincre les investisseurs de réinvestir dans l’économie et dans le secteur énergétique et pétrolier de l’Angola ». Le dernier accord d’exploration du pétrolier français en Angola – où il est présent depuis les années 1950 – remontait ainsi à 2011.

En outre, l’un des leviers de cette diversification de l’économie est la mise en valeur du potentiel agricole angolais. En effet, cet énorme potentiel est actuellement sous valorisé. Sa mise en exploitation permettrait de créer de l’entreprenariat agricole, de créer de l’emploi, de la valeur ajoutée tout en diminuant la dépendance aux importations de produits alimentaires, très couteuses en devises. C’est dans cette perspective que l’AFD à octroyé a l’Angola une ligne de 100 millions d’euros, ainsi qu’une subvention de 500000 euros pour le financement de projets agricoles innovants. La France est une puissance agricole depuis très longtemps. A cet égard, l’expertise française en matière de formation et de process concourra à la valorisation du potentiel agricole angolais.

C’est l’arrivée au pouvoir du président Lourenco, en septembre dernier qui a permis l’enclenchement de cette dynamique en initiant un certain nombre de réformes dans les domaines fiscal, juridique et monétaire de façon a améliorer le climat des affaires au sens doing business Banque Mondiale. L’objectif est d’attirer l’investissement direct des FMN et dynamiser l’entreprenariat, condition dès la mise en place d'une croissance endogène..

Enfin, le renforcement du capital institutionnel, qui s’est traduit ces derniers mois par une remise en causes des comportements liés à la corruption et au népotisme, ainsi que la volonté de mettre en place des principes de bonne gouvernance ont pour objet d’attirer les capitaux et les investisseurs étrangers.

L’Angola ne peut faire l’économie de la diversification de son économie. Le pays, « pétrodépendant », a été frappé de plein fouet par l’effondrement des cours de l’or noir en 2014. Entrainant une récession très importante. L’augmentation ces derniers mois du prix du baril apporte certes une bouffée d’oxygène, mais le salut économique et la stabilité passeront par la diversification de l’économie. La France semble avoir été choisie pour accompagner cette diversification.

Pendant sa campagne, Joao Lourenço avait promis d’accomplir « un miracle économique » pour redresser le pays. Lundi, dans les couloirs du Cercle de l’Union interalliée, un acteur français du secteur agroalimentaire confiait, ironique, qu’il préférait « la réalité ». « Avant d’investir, ajoutait-il, j’attendrai de voir si les réformes s’inscrivent dans la continuité. »

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