Chronique sur la Lusophonie – Le Cap-Vert et São Tome e Principe

Pêcheur à SaoTomé

Cette semaine dans le cadre de notre chronique sur la lusophonie, nous avons choisi de vous donner un petit aperçu de deux archipels : Cabo Verde, le Cap-Vert, au large du Sénégal, et São Tome e Principe, Saint Thomas et l'Ile du Prince, au large du Gabon.

Cap-Vert au temps de la colonisationUn peu d’histoire

Toutes deux annexées à l’empire colonial portugais au XVème siècle (respectivement en 1456 et 1470), ces îles sont devenues une étape-clé dans le commerce triangulaire des esclaves et ont tiré profit de cette main d’oeuvre abondante pour établir de grandes plantations de coton au Cap-Vert et de canne à sucre puis de cacao à São Tome e Principe.

Cosse de CacaoEn effet, l’indépendance du Brésil en 1822 a poussé les colons portugais à se replier vers São Tome e Principe, et à en faire le berceau du cacao en Afrique. La richesse de la terre et les conditions climatiques particulièrement favorables ont permis un développement rapide de la culture du cacao sur les îles, culminant en 1913 à 36000 tonnes, faisant de São Tome le premier producteur mondial. C'est la période du développement des "roças", les grandes plantations vivant en autarcie avec pour certaines, plusieurs milliers de travailleurs.

D’abord dominante dans les deux archipels, la langue portugaise fut peu à peu supplantée par différentes langues créoles du fait de son rôle de plaque tournante de la traite des esclaves. Aujourd’hui, le portugais reste l’une des langues nationales et la langue de l’administration, mais il est très peu parlé par la population. Les échanges quotidiens se font dans les langues créoles locales, même au sein de l’élite.

Au milieu du XXème siècle, des révoltes éclatèrent à São Tome e Principe, suivies de répressions, et les plantations périclitèrent rapidement. De la même façon au Cap-Vert, le commerce Sacs de Cacaoflorissant du sel, de la chaux et du coton subirent bientôt la concurrence d’autres pays africains.

Comme le Mozambique, la Guinée-Bissau et l’Angola, le Cap-Vert et São Tome e Principe accédèrent à l’indépendance à l’occasion de la révolution des Œillets en 1974-75 au Portugal.

A leur indépendance, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau (l'ancienne colonie portugaise la plus proche) constituèrent un seul État commun, dirigé par Luis Cabral, le frère d’Amilcar, à la tête d’un parti unique. Des frictions opposèrent rapidement les insulaires capverdiens et les continentaux guinéens. Les deux régions se séparèrent lors du coup d'État du 14 novembre 1980 en Guinée-Bissau.

Des revendications pour le multipartisme aboutirent en 1991 et une alternance politique se mit en place. Le régime démocratique du Cap-Vert est stable : les élections passées ont été considérées comme libres et justes, une presse libre existe et la loi est respectée par l'État. L'élection présidentielle d'août 2011 a ainsi été saluée par l'Union africaine.

A São Tome e Principe, le premier Président de la République, Manuel Pinto da Costa, suivit une orientation marxiste-léniniste. Les régimes qui suivirent avec les Présidents Miguel Trovoada, Fradique Menezes, et à nouveau Manuel Pinto da Costa (actuellement en exercice) firent place à une démocratie de type multi-partiste.

La situation économique actuelle

Les deux archipels font partie des pays les moins développés de la planète.

Les ressources naturelles principales du Cap-Vert sont le sel, la pouzzolane (utilisée dans la fabrication du ciment), la pêche (langouste et thon) et la production de bananes. Malheureusement, les choix et modes de culture pendant la période coloniale ont provoqué une modification du climat et notamment de terribles sécheresses au Cap-Vert, rendant une survie uniquement basée sur l’agriculture difficile.

L'économie s’est donc orientée vers les services avec le commerce, les transports, le tourisme et les services publics, qui représentent trois quarts du PIB. L'aide internationale représente un complément de budget essentiel. Le tourisme est en développement mais l'éloignement des pays riches en fait une destination relativement marginale malgré des attraits réels.

Roça abandonnée

São Tome e Principe tire l’essentiel de ses ressources du chocolat mais les « roças » florissantes d’antan sont aujourd'hui pour la plupart en état de décrépitude avancée et souvent squattées. Hangars, séchoirs solaires, maison de maître, chapelle, hôpital - souvent gigantesque - petites maisons d'ouvriers, dortoirs, fontaines immenses, tout a été arraché, inondé, dépouillé…

Ces bijoux architecturaux sont aussi mangés par une nature exubérante car le pays, qui vit pour plus des trois quart de son budget de l'aide internationale, n'a évidemment pas les moyens de les entretenir. Seule une poignée de « roças » fonctionne encore tant bien que mal. Elles produisent environ 2500 tonnes de cacao (pour une production mondiale de 3,5 millions de tonnes), du café, et des fleurs magnifiques comme par exemple à la roça Sao JosPopulation Sao Toméé les Roses de porcelaine, l'étonnante Ginger shampoo jaune ou rouge ou encore les Becs de perroquet…
La majorité de la population vit de la pêche et de la culture d’auto-subsistance (moins de 20% travaillent !). L’archipel fonde cependant de nouveaux espoirs sur l’exploitation du tourisme.

Et si on y allait ?

Au confluent de trois continents et de trois cultures, le Cap-Vert et São Tome e Principe sont des terres de métissage culturel d’une grande richesse.

Cap-Vert : une beauté sauvage encore préservée

Port de MindeloLe Cap-Vert a été chanté par « la Diva aux pieds nus », Cesária Évora, et est resté empreint de traditions portugaises. Autrefois étape incontournable des voyageurs à destination des Antilles ou du Brésil, chacune des îles est un voyage en soi, de plages désertes en volcans et de cités coloniales en vallées luxuriantes. Neuf d’entre elles sont habitées. Leurs  charmes subtils séduisent tout autant les amateurs de farniente que les randonneurs ou les amoureux de la pêche et de la plongée.Vue monte verde

Mais ne cherchez pas au Cap-Vert les clichés paradisiaques surfaits. Même si les gros complexes commencent à envahir les plages, on y trouve encore des morceaux de bout du monde, une nature à la beauté sauvage, rude parfois, et surtout la gentillesse des insulaires.Cap Vert_Plage Santa Maria

Les îles du Cap-Vert sont reliées par bateau mais aussi par des vols intérieurs, il est donc facile d'aller d'île en île. Malgré la faiblesse des infrastructures, les tarifs pratiqués sont plus proches de l’Europe que de l’Afrique, et il faut savoir prendre son temps pour relier les îles du Cap-Vert. Les bateaux passent quand ils passent ; quant à la compagnie aérienne nationale, la TACV, les Capverdiens la surnomment avec une affectueuse ironie Transporte Atraso de Cabo Verde (transports en retard du Cap-Vert). Tel est le prix de l’authenticité !

BuraconaHébergés dans l’une des nombreuses « pousadas » , pensions disposant de quelques chambres et d'un restaurant ou dans l’un des hôtels haut de gamme (attention, le service est réputé chaleureux mais de faible niveau), vous découvrirez la plage de Santa Maria ou de Santa Monica, avec leur sable blanc et les pêcheurs revenant du large dans des bateaux colorés, vous dégusterez des langoustes sur Praia de Chaves, vous vous Cap Vert_Pedra Lumebaignerez dans le lac salé niché dans le cratère Pedra Lume et serez ébloui par le site naturel Buracona ou l’oeil bleu, une piscine naturelle creusée dans la roche où les vagues viennent s’engouffrer. Les plus sportifs feront des trecks, et seront récompensés par des vues à couper le souffle après avoir escaladé le Pico de fogo ou le Monte Verde

 

São Tome e Principe : la belle endormieEnfants de SaoTomé

Mais si c’est São Tome e Principe qui vous séduit - il faut dire qu’il est plus facile de s’y rendre depuis Luanda avec
un vol direct de la TAAG - vous ferez un voyage exceptionnel par bien des aspects : un séjour hors des sentiers battus, une nature équatoriale dense et intacte, une culture et une histoire étonnantes, mais surtout une population accueillante, attachante et souriante … Tels sont quelques uns des principaux atouts de cette destination unique et authentique.

Deux mots résument assez bien l'ambiance générale : leve, leve ,"doucement, doucement"… L'impression que toute l'île tourne au ralenti vous changera du rythme trépidant de Luanda !Côte sauvage de Sao Tomé

Dans cette île minuscule, la forêt est partout présente. La végétation luxuriante, touffue, exubérante, colorée, varie en fonction des microclimats ambiants.
Au nord, on trouvera une zone de savane et nombre de belles plages aux eaux limpides, la crique de Lagoa Azul et, curiosité mondiale,
un troupeau de baobabs, branches levées au ciel et pieds dans l'eau. Au sud, les plages désertes, blondes à souhait comme Micondo, invitent aussi à la baignade et au farniente. Avec parfois, comme à Jalé, des petites zones d'incubation réservées aux œufs de tortue qui seront protégés jusqu'à ce qu'elles puissent rejoindre la merVue Sao Tomé sans (trop) rencontrer de prédateurs. Le soir vous pourrez siroter un cocktail (ou deux !) au bar Pico Mocambo après une expédition aux chutes Cascata de São Nicolau ou la visite de l’une des « roças » de café ou de cacao au charme d’antan.

Et pour finir en beauté ce périple d'exception, il faut sans aucun doute faire une petite escapade plein sud, à la minuscule île des Tourterelles, à vingt minutes de barque à moteur. C'est là qu'un petit monument matérialise la ligne imaginaire de l'équateur. Vous pourrez ainsi avoir, le temps d'une photo, un pied sur chaque hémisphère.

Si vous cherchez un hébergement authentique, de nombreuses « pousadas » vous accueilleront chaleureusement et on trouve également quelques hôtels haut de gamme, notamment le fameux hôtel Bom-Bom sur l'île de Principe. On est loin, très loin, du tourisme de masse... Il faudra parfois se montrer patient, mais le service est toujours très aimable et arrangeant.Plongée à Sao Tomé

A noter également, l’archipel offre de superbes sites de plongée sous-marine, accessibles notamment à partir du Club Santana, qui abrite un club de plongée dans son enceinte.

Une proposition de voyage à São Tome plus détaillée ici.

 

 

Sources :
São Tome tourisme
Le Guide du Routard Cap-Vert
Voyager pratique : A la découverte de São Tome

Crédits photo : Anne-Laure Seret

www.vivreenangola.com est un site d'informations indépendant géré par une équipe bénévole qui s'adresse à tous les expatriés d’Angola.

Ce site est le vôtre et il ne peut exister que grâce à votre contribution.
N'hésitez donc pas à nous transmettre des modifications, ajouter des informations, ou toutes autres remarques pour son amélioration !

Pour nous contacter : contact@vivreenangola.com.