Chronique « Março-Mulher » : Zungueiras, femmes de tous les jours

Pour le troisième volet de notre chronique sur les femmes, nous avons choisi de vous présenter certaines femmes, partie intégrante du paysage luandais. Impossible de ne pas remarquer leurs silhouettes déambulant dans les rues de la ville: les Zungueiras ! Ce mot originaire du dialecte kimbundu qui signifie "circuler" est le terme désignant les vendeuses des rues.
Description de ces femmes emblématiques du quotidien angolais en quelques verbes...

Porter

Zungueiras enfantC'est la première question qui nous vient à l'esprit en les voyant, " Comment font-elles pour porter tout çà ? ".
Fruits et légumes, poissons, sandwichs, colonnes entières d’œufs, balais ou livres, tous leurs produits sont empilés de façon savante et atteignent des hauteurs vertigineuses. A chaque lieu sa gamme d'objets à vendre, ainsi il ne sera pas rare de trouver à Mussolo des zungueiras proposant maillots de bain et articles de plage.

Au delà de la marchandise qu'elles vendent, c'est le poids de leurs familles qu'elles supportent. Ce sont souvent des femmes seules, poussées par la simple nécessité de Zungueira plagesubvenir aux besoins de leurs enfants. Le manque d'éducation empêche la plus part d'entre elles de prétendre à d'autres types d'emploi. Qu'elles soient adolescentes, mères de famille ou femmes d'âge avancé, elles sont toutes caractérisées par leur courage, leur patience et leur optimisme. Elles excellent dans l'art d'équilibrer ce poids qu'elles portent sur leur tête avec le poids d'un enfant dans leur dos et souvent un autre dans leur ventre toutes motivées par l'espoir de se voir un jour délivrée de ce poids !

Marcher

Zungueiras BassineC'est un vrai ballet coloré de bassines et de pagnes qui s'offre à nous ! Les zungueiras parcourent les rues de la ville par tous les temps pour vendre et gagner de quoi nourrir leur famille. Stratégiquement placées dans les endroits les plus passants, elles marchent la journée entière sur un sol souvent chaud et mouillé. L'évolution du marché est un vrai miroir des fluctuations économiques que connait le pays.

On rencontre aussi une catégorie de vendeuses des rues plus sédentaires ! Ce sont celles assises qui vous interpellent par un "pssttt" et vous font signe pour changer de l'argent. Elles vendent aussi souvent des cartes de téléphone, on les appellent les kínguilas, celles qui "espèrent" . Spécialisées dans le commerce de devises, elles s'établissent là où les voitures peuvent s’arrêter.

Lutter

Zungueiras champChaque jour est pour les vendeuses de rue, un combat contre la chaleur, la faim, la soif. Mais leur principale inquiétude est liée au risque qu'elles prennent en défiant les lois fiscales.

Les pouvoirs publics ont tenté de limiter le phénomène par une série d'actions afin de contrôler et de réglementer ces ventes ambulantes, par notamment la constructions de marchés, moyennant payement des stands. La presse gouvernementale a souligné l'avantage en terme de sécurité et de santé publique évoquant des problèmes d’hygiène, de propreté et l'accumulation des déchets liés à ce mouvement commercial intense dans la rue.

En octobre 2012, le gouverneur de la province de Luanda, Bento Sebastião Francisco Bento, avait déclaré vouloir mettre fin à la vente ambulante anarchique dans les rues de la capitale, créant l’obligation pour les vendeurs de se déclarer auprès des autorités locales. Puis en janvier, il avait annoncé la construction d'une cinquantaine de marchés à Luanda pour accueillir les vendeurs dans des lieux sécurisés et mieux contrôler leur commerce.
Mais les zungueiras refusent de rejoindre ces marchés, souvent trop loin des clients et préfèrent continuer à pratiquer leur activité de façon informelle et illégale, n'étant pas prêtes à sacrifier une partie de leur revenus pour louer des stands.

Zungueiras bord de routeLe commerce informel avait vu le jour à Luanda dans les années 80 suite aux pénuries alimentaires provoquées par la guerre. Il représentait pour beaucoup le seul moyen de se procurer des biens alimentaires. Mais aujourd'hui encore son omniprésence atteste des difficultés quotidiennes des femmes angolaises de tous les jours.

 

Sources:

  • http://www.stjteresianas.org
  • http://ras.revues.org/510

Crédits photo: Pierre Dujardin, Sandra Doussaint, Nicolas Sicard, Dilma Lima, Ivan Cafe Lopes

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