Chronique économique : La dépréciation du kwanza et ses implications économiques

Michel Abdelhouab, professeur d'économie au lycée français de Luanda depuis 18 mois a écrit une chronique économique afin de développer nos connaissances sur la situation économique du pays.

Dans cet entretien effectué en Mars à la radio nationale d'Angola par Sebastao Junior, il nous en dit plus sur les conséquences de la dépréciation du kwanza sur la vie économique du pays.

 

Quel est le secteur le plus important pour l'état angolais et ses finances publiques?

Les problèmes macroéconomiques et la récession en Angola proviennent de la chute généralisée des prix du pétrole et de la dépendance de cette économie au prix de cette matière première. Le total exportation de pétrole était de 63 milliards de dollars en 2014 en 2016, il n’était plus que de 31 milliards de dollars, soit 2 fois moins, ce qui à fortement impacté négativement les ressources du budget local.

Comment sortir de cette dépendance au pétrole?

En effet, les prix de cette matière première, fixés a Londres et New York dépendent de la conjoncture mondiale qui impacte les conjonctures nationales des pays de l’OPEP et leurs finances publiques.

Il est donc essentiel de sortir de la dépendance au pétrole par la diversification de l’économie.

Le président Joao Laurenco annonce que la hausse du prix du baril est une mauvaise nouvelle, quelle est votre réaction ?

En fait, la hausse du prix du pétrole est une mauvaise nouvelle car elle attire l’investissement dans ce secteur, le retour sur investissement étant rapide et élevé lorsque le prix du baril augmente. Les secteurs hors pétrole sont de fait délaissés par les investisseurs, ce qui freine la diversification, et confine donc l’économie dans son fonctionnement rentier.

Qu’est ce qui provoque la baisse ou la hausse du prix du baril ?

La baisse du prix du pétrole varie selon la conjoncture mondiale .Si l’économie mondiale est en forte croissance, la demande de pétrole brut va augmenter et donc le prix va se renchérir pour une offre constante.

Inversement, si la récession se développe dans les grandes puissances industrielles ou chez les émergents, la consommation d’énergie va diminuer, les importations de pétrole brut vont être moindre et donc le réajustement va se faire par la baisse des prix pour une offre constante, toute chose égale par ailleurs.

Sur quel type de secteur l’Angola pourrait il développer ?

La diversification doit porter sur des secteurs clés tels que l’agriculture, avec le développement de l’agroalimentaire en aval, les minerais avec le développement d’une ’industrie lourde en aval, les services tel les télécommunications  ou encore la banque/assurance.

Quelle est votre analyse relative à l’inflation et la monnaie angolaise le kwanza ?

On parle de dépréciation du taux de change lorsque l’on est en système de change fixe.On parle de dévaluation lorsque l’on est en système de change flottant. Or il y avait un taux de change fixe entre le dollar et le kwanza. Donc, le gouverneur de la banque centrale a eu raison de parler de dépréciation du taux de change.

Le Kwanza était trop valorisé par rapport à l’euro et le dollar. En effet, la monnaie est en quelque sorte le baromètre de l’économie. Or les déficits jumeaux, c’est à dire le déficit de la balance commerciale et le déficit budgétaire font que le taux de change fixe du kwanza avec le dollar n’était pas à terme soutenable.

La dépréciation du kwanza va attirer l’investissement direct des firmes multinationales, et donc améliorer l’attractivité de l’Angola .En effet, il est intéressant de produire et de réexporter du territoire angolais du fait de cette dépréciation du kwanza.

De plus, cette dépréciation du kwanza, en renchérissant le cout des importations et donc l’inflation importée entraine un déplacement de la demande vers les productions locales. Cette dépréciation du kwa va donc attirer les capitaux étrangers.

Ce phénomène à été expliqué par l’économiste, prix Nobel d’économie américain Paul Samuelson avec la fameuse courbe en « J » ou dans un premier temps la dévaluation aggrave le déficit de la balance des transactions courantes. A terme, le solde redevient positif.

Cependant il est nécessaire d’accompagner les ménages angolais les plus modestes en augmentant les salaires les plus faibles et en subventionnant les produits de base car les ménages les plus modestes vont souffrir de la hausse des prix.

Cette dépréciation du kwanza vise à rétablir la confiance pour attirer l’investissement et les capitaux. Cependant il est nécessaire d’améliorer le climat des affaires dans un objectif de diversification de l'économie.

Dans le classement doing business de la Banque mondiale, l’Angola est classé 148 sur 180.Il est donc essentiel de modifier le code des affaires pour attirer l’investissement direct et favoriser l’entreprenariat pour la jeunesse qui arrive sur le marché du travail et pour diversifier l’économie.

Les problèmes liés à l’approvisionnement en devises proviennent du fait que la réserve de change est passée de 20 milliards de dollars en 2016 à 14 milliards de dollars en 2017. Pour freiner la fuite de devises il est nécessaire de rétablir la confiance et ainsi attirer les investisseurs.

Déficit de devises et problème de devises, comment obtenir des devises ?

Tout dépend de la politique de la banque centrale.En insufflant de la confiance le nouveau gouvernement a pour objectif la diminution de la demande de devises

Faut il abandonner le pétrole ?

Le pétrole était considéré comme étant une bénédiction en fait c’est une malédiction car le pétrole génère une économie de rente qui détruit toutes les activités hors pétrole.

En effet l’exportation massive de pétrole génère des flux très importants de capitaux et donc une hausse du taux de change et d'inflation.

Ces phénomènes monétaires vont générer une très forte baisse de la compétitivité des secteurs d’activités hors pétrole sur les marchés nationaux et internationaux et donc à terme la disparition de ces secteurs si bien que la quasi-totalité de l’activité économique proviendra de l’activité du pétrole.

 

Entretien réalisé par Sebastao junior, Radio Nationale de Angola, Luanda.

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